L'orchestre de la jeune Turquie

Le jeune Orchestre symphonique de Sisli est accueilli à Strasbourg. L'événement, samedi prochain, est d'abord artistique. Il signifie aussi le progressisme d'une Turquie ouverte.

La formation, placée sous la direction de la pianiste chef d'orchestre Serâ Tokay, rassemble les meilleurs instrumentistes de la jeune génération turque. La fondation de l'orchestre ne remonte qu'à 2005, mais une communauté de goûts l'a bien vite orienté, autour des oeuvres de Dvorak, Bartok ou Mahler, vers la mise en valeur du romantisme slave pénétré de vivifiantes influences orientales.
ImageC'est que ces musiciens partagent des affinités européennes via la Mitteleuropa. Et on ne s'étonnera pas que, par leurs origines et leur formation, ces représentants de la génération montante montrent aussi des convictions laïques qui les rapprochent de l'Europe. Sisli, quartier central d'Istanbul, est un des bastions de la résistance à l'extrémisme, et c'est à son maire Mustafa Sarigül, populaire personnalité de gauche, qu'on doit la création de l'orchestre. Le choix de Strasbourg pour cette manifestation a donc une forte valeur symbolique - en attendant d'autres événements en Afghanistan et en Inde.
Sous sa douce blondeur, Serâ Tokay impose une direction exigeante, à laquelle l'ont préparée sa formation à Lausanne auprès d'Hervé Klopfenstein et de premières armes accomplies sous la férule de maîtres comme Janos Fürst et Vsevolod Polonsky. Le programme qu'elle a arrêté pour le concert strasbourgeois reflète des choix suffisamment éclectiques pour séduire une large audience. Le panache du Roméo et Juliette de Tchaïkovski y voisinera avec le lyrisme du Concerto pour violoncelle de Saint-Saëns. L'occasion de découvrir en plein essor le violoncelliste Cag Erçag, Anatolien adulé du public turc.
La soirée propose aussi le trop rare poème symphonique Kossuth, où les accents épiques de Bartok exaltent le héros hongrois et l'esprit d'indépendance qu'il incarne. Et comme on attend aussi d'un tel concert un écho de la production nationale, l'affiche propose Esintiler, une oeuvre de Ferit Tüzün, un des compositeurs turcs marquants du vingtième siècle, dont la musique réussit la synthèse de l'allusion orientalisante et de l'écriture de son temps.

Christian Fruchart

Dernières Nouvelles D'alsace, Samedi 22 Septembre 2007

L'orchestre de la jeune Turquie